17.12.2006
DE NOUVEAUX MARTYRS ?
Connaîtrons nous de nouveau des martyrs ? Certains d’entre nous, de nos enfants ou de nos petits enfants, seront-ils persécutés pour leur foi ? Pour ce qu’ils ont reçu, vécu, transmis ? Pour ce qu’ils sont ?
La société a mis le cap, depuis quelques dizaines d’années, sur l’individualisme intégral. Le moi, rien que le moi. Au fur et à mesure de sa progression vers ce cap, elle se débarrasse de tout ce qui l’empêche d’accéder à ce but ultime, de tout ce qui s’oppose au culte de la jouissance immédiate, de toutes les entraves à la réalisation immédiate des aspirations de l’individu. Comme si l’homme était réduit à ses pulsions. Pulsion de consommer, encore et toujours. Pulsion de jouir de son corps, réduit à l’état d’objet. Pulsion d’exister pour soi uniquement, sans avoir égard à l’autre, à la présence de l’autre, à sa différence, à son existence même. Rien ne doit gêner l’assouvissement des envies individuelles, rien ne doit entraver cette marche inexorable vers un gouffre.
Pour atteindre ce but, une arme puissante a été inventée : la revendication des droits individuels. Dans la doctrine classique, un droit était une créance de la personne sur la société, ordonnée au bien de tous, afin de permettre le plein épanouissement de la personne dans toutes ses composantes. Désormais, les droits de l’individu priment sur les droits de l’homme. L’individu est vu pour lui même, et non comme membre d’une communauté qui l’intègre et qu’il contribue à constituer. Seul l’individu compte. La société lui doit compte de tout ce qui pourrait l’empêcher d’exister pour lui seul, de tout ce qui pourrait l’obliger à être autre chose qu’un atome, isolé et autosuffisant. L’individu n’est plus membre d’un ensemble qui le dépasse, il est. Point final.
Dès lors, rien ne justifie que l’individu ne jouisse pas de tous les droits qui lui semblent nécessaires, puisque lui seul en est juge. Rien ne peut prévaloir sur l’exercice de sa liberté totale et absolue, déconnectée de toute notion de bien commun. Il revendique tout ce qui lui passe par la tête, pourvu –pense-t-il- que cela ne nuise pas aux autres. Avant-hier le droit de tuer un enfant dans le sein de sa mère, hier celui d’en concevoir un à tout prix puis d’abandonner les autres (qui répondent au joli nom de surnuméraires) dépourvus de « projet parental ». Aujourd’hui le droit de tuer le vieillard grabataire par « compassion », ou d’épouser un individu du même sexe. Demain le droit d’épouser son chien ou sa perruche, promus sujets de droit…
Qui s’y opposera ? Qui aura la force de persuasion nécessaire pour contrer l’argument massif, incontournable, celui de la tolérance ? Qui se risquera à dire que le navire court droit à sa perte, qu’il coulera corps et biens irrémédiablement ? Qui proclamera la nécessité de revenir au bon sens, qu’à force de marcher sur la tête on finit par oublier ? Qui saura reprendre l’initiative intellectuelle, car c’est avant tout d’un combat intellectuel qu’il s’agit, pour agir sur les esprits, sur les intelligences déformées par des décennies de lavage de cerveau ?
Les catholiques. Des catholiques. Pas tous. Peut-être pas la majorité. Mais un petit nombre qui reprendra inlassablement le flambeau du courage. Qui travaillera à établir sur les ténèbres du matérialisme la lumière de la vérité. Qui sera calomnié, discrédité, moqué, tourné sans cesse en dérision. Puis qui sera condamné, en application de lois et de principes constitutionnels, au nom de la tolérance et de la lutte contre toute discrimination. Qui se verra reprocher intolérance et rejet de l’autre. Science-fiction ? Qui se souvient des poursuites engagées à l’encontre de ceux qui, pacifiquement, manifestaient par la prière leur miséricorde envers les femmes contraintes d’avorter ? La loi existe, elle est appliquée, et les délits qu’elle condamne sont exclus de la traditionnelle amnistie présidentielle. Il ne s’agit pas de science fiction mais d’une réalité actuelle.
Alors ceux-là seront poursuivis avec la rigueur de la loi, expression de la volonté générale. Puis ils seront condamnés. Et enfin, lorsque le système sera devenu totalement fou, ils seront persécutés dans leur chair, traqués dans leurs sanctuaires, battus dans la rue parce qu’ils se seront montrés tels qu’ils sont. Oui nous connaîtrons des martyrs. Il suffit d’ouvrir les yeux. Mais loin de désespérer, nous savons que le sang des martyrs est fécond. Nous savons que finalement le Christ a gagné, que son règne viendra. Nous savons aussi que nous n’avons pas le droit de nous résigner, d’attendre passivement les persécutions, et que nous devons tout faire pour que cela n’arrive pas. Et peut-être que nous serons suffisamment nombreux pour provoquer un sursaut salvateur qui évitera à notre monde de sombrer définitivement dans la folie. Prions et agissons, c’est notre honneur et notre joie !
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