07.12.2011

Pourquoi je ne suis pas devenu athée (2)

 

Les dames catéchèse

 

Qu’elles étaient gentilles ces dames catéchèse de mon collège, chargées d’une mission assez indéfinie auprès des enfants de mon âge, au sein d’un établissement catholique qui ne savait plus très bien où il en était ! Gentilles, et d’une compétence inversement proportionnelle à leur gentillesse d’ailleurs. Elles seraient bien surprises de connaître le résultat de leur travail, les dizaines d’agnostiques qu’elles ont consciencieusement produits. Mais qui le leur dira, avec la charité nécessaire et la délicatesse difficile à employer à l’égard de personnes si volontaires et si dévouées ?

 

 

Mes parents m’avaient donc inscrit dans un collège catholique sous contrat, où mon père et mes oncles avaient usés leurs fonds de culotte à l’époque des prêtres en soutanes et des supérieurs qui ne rigolaient pas. Sans doute pensaient-ils que j’y recevrais une formation sérieuse, y compris sur le plan spirituel, puisqu’ils ne m’ont jamais proposé d’autre activité religieuse qui, il faut bien le dire, aurait été vue comme une forme de bigoterie dans la bourgeoisie catho-libérale qu’ils fréquentaient. Au début des années 1980, assommés par l’élection de François Mitterrand, ils avaient puissamment contribué aux manifestations monstres contre le projet de grand service public unifié de l’éducation porté par le ministre Savary, et avaient eu la satisfaction de remporter la victoire que l’on sait. Victoire à la Pyrrhus, l’histoire l’a montré, mais victoire tout de même. Que voulaient-ils ? Sauver la notion même d’école libre, car ils étaient convaincus de la différence notable entre le public et le privé. Mes bons parents pensaient sincèrement que l’enseignement privé était catholique, et se démarquait par cela des enseignants syndiqués du collège d’en face, où l’aumônerie était reléguée de l’autre côté de la rue. Funeste illusion, à laquelle tous se sont laissé prendre, et qui perdra le peu qu’il restait d’indépendance de l’enseignement libre. Mais nous n’en sommes pas là. Les écoles catholiques étaient déjà en pointe de ce qu’il faut appeler « l’esprit du Concile » ; elles le sont toujours. Dans mon établissement un comité Théodule avait pondu un texte admirable, garni de poncifs déjà éculés et de références à Vatican II (qu’aucun de ses membres n’avait étudié), intitulé « Projet pédagogique » (à moins que ce ne fût « Projet Pastoral ». Peu importe.) On y trouvait des phrases splendides :

 

 -          Construire l’Homme et dire Dieu

 

-          Ouvert sur le monde, respectueux des origines philosophiques, des situations sociales et familiales, … doit s'enrichir de la différence en restant accueillant à tous.

 

-          Etablissement catholique où il existe une proposition de la foi animée par l’esprit de l’évangile et le développement de valeurs : tolérance, solidarité, respect.

 

Vainement y aurait-on cherché une définition précise de l’éducation authentiquement catholique, de la foi, de la vérité, du but poursuivi. On y trouvait au contraire tous les mots creux, les mots obligatoires dans une perspective moderne et débarrassée de toutes les vieilleries anté-conciliaires : ouverture, tolérance, humanisme, accueil des différences, proposition de la foi, égalité, fraternité, justice et paix. Tous ce mots qui ne signifient pas grand-chose, et que tout un chacun interprète comme il l’entend. Comme le chantait Dalida, paroles paroles paroles…

 

 

Nos gentilles dames catéchèse étaient imprégnées de ces songes creux, et nous en imprégnaient à leur tour, sans grand succès d’ailleurs, car leur autorité limitée n’empêchait pas que nous accomplissions durant leurs cours des tâches autrement plus passionnantes que la matière « enseignée ». C’est au cours d’une de ces fameuses séances que j’ai appris le mode d’emploi d’un extincteur, et l’extrême sensibilité de la gâchette qui propulse d’un doigt délicat un jet de mousse sur la gentille dame…

 

 

Durant mes années de collège, j’ai vaguement entendu parler de drogue, de racisme, de violence ; de Martin Luther King, de Nelson Mandela et d’Oscar Romero. J’ai fait des avions en papier avec le fichier catéchétique joliment intitulé Joie de Vivre, rempli de photographies représentant des adolescents heureux de jouer au football. J’ai inscrit des slogans sur des ballons et découpé des étiquettes à coller sur un arbre en carton ; J’ai assisté à des « célébrations » dignes d’un spectacle de Guignol dont on aurait supprimé l’aspect hilarant ; J’ai colorié, peint, médité sur des textes insipides ; j’ai participé à des « temps forts » qui n’avaient de fort que l’ennui qui s’en dégageait ; j’ai suivi la retraite de profession de foi au cours de laquelle, entre deux répétitions de Je crois en Dieu qui chante, j’ai contribué à rédiger une profession de foi non catholique ; bref, j’ai perdu des dizaines d’heures à ne rien apprendre, sinon à mépriser ces platitudes et celles qui les proféraient, ce qui , j’en convient, n’était pas très chrétien.

 

 

Mais qu’on se rassure, je n’ai jamais été endoctriné par un dogme vivant et issu de vingt siècle de réflexion écclésiale. Pas un mot sur la Trinité ; pas une ligne sur les fins dernières ; pas un chuchotement sur les grandes vérités de foi ; pas un apprentissage de la fréquentation assidue des sacrements ; pas une minute devant le Saint Sacrement ; pas un geste de profond respect devant le corps du Christ. Rien de toutes ces idées inutiles n’est jamais venu polluer mon éducation catéchétique en milieu scolaire.

 

 

Et après, certains se plaignent que les églises sont vides ? Mais, mesdames les catéchistes, où sont vos élèves d’il y a trente ans ? Que sont devenus les enfants à qui vous avez fait lire Pierres vivantes ? Quel est le sens de la vie des hommes et des femmes passés entre vos mains expertes, sinon celui de la consommation, de la jouissance, du matérialisme, du narcissisme et du moi d’abord ? Quels sont, parmi ceux-là, vos successeurs dans cet enseignement inénarrable ? Voyez le résultat : il n’est pas brillant.

 

 

Il paraît que les choses changent ; je le crois volontiers dans quelques rares établissements dont le directeur a eu la chance d’échapper à ces niaiseries, et bénéficie d’un solide formation spirituelle. J’en connais un et je sais les difficultés auxquelles il est confronté pour épurer les équipes d’aumônerie vieillissantes. Mais dans la plupart des écoles, collèges, lycées catholiques, la formation religieuse demeure inexistante, facultative lorsqu’elle est proposée, et confiée aux mêmes incompétents qu’autrefois. Finalement, la vie chrétienne se limite à ce vague humanisme hébété, et à la « solidarité », au profit du CCFD et d’autres organismes à la catholicité douteuse. Entre une intervention du Planning Familial et une distribution de préservatifs dans la cour du lycée.

 

Et on s’étonne que la plupart vivent en athée ? Ceux qui, comme moi, ont survécu à ce traitement sont des extraterrestres ou des miraculés. Deo gratias ! [1]

 



[1] A l’intention des dames catéchèses, cette expression latine signifie Rendons grâce à Dieu.

 

05.12.2011

Pourquoi je ne suis pas devenu athée

 

Les genoux de ma grand-mère

 

On devrait toujours confier le catéchisme des petits enfants aux grand-mères. En tout cas à celle qui ressemblent à la mienne ; pas celle d’aujourd’hui, sénescente dans l’attente du grand passage vers l’éternité, mais celle de mes quatre ans, l’âge auquel l’enfant s’éveille à la foi, pose des questions, et découvre tout doucement le monde au-delà de sa petite personne. J’avais été baptisé dans les premières semaines de mon existence. Avais-je été catéchisé par mes parents ? Prenaient-ils soin, chaque soir en me couchant, de me faire faire ma prière, une prière de bébé, à laquelle je ne comprenais rien, juste pour m’initier tout petit à la présence de Dieu ? Je n’en sais rien. Ils étaient croyants, avaient été élevés dans la religion catholique, apostolique et romaine, puis s’étaient peu à peu dispensés de la messe dominicale, sans doute perturbés par les délires post-conciliaires dans lesquels ils ne retrouvaient pas la foi de leur enfance. Plus tard ils reviendront à la pratique religieuse, dans d’autres circonstances. Mais, alors que j’entrais à l’école, ils chargèrent ma grand-mère de mon éducation religieuse. Alors, ou plutôt parce que j’entrais à l’école catholique…Plus tard je comprendrai ce parce que.

J’ai un souvenir parfait de cette première séance. Consciencieuse, l’aïeule (d’à peine cinquante ans !) était descendue en ville, dans une des librairies religieuses de l’époque, et s’était renseignée avec soin. Il n’était pas question d’inculquer à son petit fils les notions douteuses qui foisonnaient à l’époque ; même avant Pierres Vivantes on trouvait déjà n’importe quoi, et surtout le pire ! Son choix s’était porté sur une maison d’édition de la rue Bonaparte, dont l’impeccable orthodoxie la rassurait, et elle était rentrée munie de tout ce dont elle avait besoin pour la première leçon. Livre et carnet de coloriage, tout était prêt.

L’initiation eut donc lieu sur ses genoux. Je me souviens même du fauteuil, sa forme et sa couleur. Première leçon : Dieu à tout créé. Quelques lignes lues et expliquées, puis le coloriage d’Adam et Eve dans le Paradis Terrestre. C’était bien, c’est un beau souvenir, qui revient à chaque lecture du livre de la Genèse.

J’aimais beaucoup ma grand-mère, et d’autant que mon autre grand-mère était déjà partie au Ciel (avec son fauteuil et son manteau, selon moi). Et parce que j’étais à la fois l’ainé et l’un des seuls habitant la même ville qu’elle, je fus chaque semaine chez elle et chaque année durant les vacances. Alors l’initiation chrétienne pouvait se poursuivre, leçon après leçon, coloriage après coloriage. On a beaucoup raillé les coloriages qui tenaient lieu de catéchisme. Sans doute à raison, lorsque les dessins tenaient lieu de leçon, ou, plus tard, lorsqu’ils étaient proposés à des adolescents. Mais le coloriage du tout petit enfant venait illustrer la leçon, cela changeait tout ! Comment un petit garçon de cinq ans pourrait-il concevoir que Dieu est un pur esprit, de même que ses anges ? Comment pourrait-il comprendre l’Annonciation, sans image, sans dessin ? Les auteurs de ce catéchisme étaient de sérieux pédagogues, ils avaient tout compris !

Chaque semaine, la leçon de catéchisme m’apportait de nouvelles connaissances, les premières notions chrétiennes qui se gravent à jamais dans la mémoire d’un homme. Adam et Eve, le péché originel, l’Arche de Noé, l’Annonciation, puis la vie de Jésus Christ. A chaque fois, ma chère grand-mère m’apprenait à prier, Notre Père, Je vous salue Marie, l’examen de conscience vespéral, toutes ces petites choses qui forgent une âme et l’ouvrent à la présence de Dieu. Plus tard, lorsque je fus trop grand pour monter sur ses genoux, nous passâmes à autre chose, à des notions plus complexes. Déjà à ce moment je subissais les âneries de la catéchèse de l’école primaire, les chants débilitants aux musiquettes insipides débités par un prêtre en civil.

Chez ma grand-mère, on disait Vous à Dieu. J’ai gardé cette habitude, en marque de respect, et je n’ai jamais pu me résoudre à ce tutoiement familier qui nous est imposé partout, parfois sans autre réplique qu’un qualificatif méprisant d’intégriste.

Le petit catéchisme de ma grand-mère fut ma première planche de salut, une sauvegarde inestimable pour garder le cap dans un monde déboussolé. C’est à elle que je le dois, c’est à elle que j’adresse ma gratitude. Elle m’a permis de ne pas devenir un petit agnostique à l’adolescence.

 

A suivre

 

26.10.2011

Blogueurs : et si nous évoquions nos désaccords en chrétiens ?

Le blogueur a une responsabilité inhérente à la nature de son activité : celle d’accepter le débat. A partir du moment où il publie son opinion, et qu’il ouvre une discussion par le biais des commentaires, il se doit de recevoir les avis de ses lecteurs, de les publier, et dans la mesure de son temps, d’y répondre.

C’est une question d’honnêteté ! S’il refuse ce débat, il s’enferme dans un monologue stérile, ou dans une forme d’auto complaisance narcissique qui tourne parfois à l’encensement de ses idées, de sa personne, de ses écrits. S’il sélectionne soigneusement ses commentateurs, il donne l’impression d’un avis unanime, ou à tout le moins d’une expression univoque d’idées qui, grosso modo, vont dans son sens.

Le blogueur qui refuse de publier des commentaires contraires à ses propres positions commet finalement un acte de désinformation. Or, le blogueur chrétien ne publie pas ses articles pour sa propre gloriole, mais bien pour susciter une réflexion, un bouillonnement d’idées, un enrichissement mutuel. Ou alors il cache sa vanité derrière son blog. Pas très chrétien…

Il y a pire : le blogueur qui censure par principe, parce que ses commentateurs citent des auteurs, des ouvrages, des journaux, des sites internet qui ne sont pas persona grata à ses yeux. Certains grands noms de la blogosphère catholique mettent directement au panier les commentaires de ce type. Quel que soit la pertinence du propos, de l’idée. Même, et parfois surtout, si c’est pour souligner que l’information qu’ils donnent est aussi sur des sites dont ils déplorent habituellement l’orientation !

Est-ce là la position d’un blogueur honnête ?

Alors se pose la question de la modération des blogs. Indispensable modération, qui mérite quelques précisions.

Tout d’abord il est vrai qu’un blogueur a le droit le plus strict de publier sur son site ce qu’il veut, et donc les seuls commentaires qu’il agréée. Certes. Certes, mais avec une limite : que l’usage qu’il fait de son droit de modération soit juste, équilibré, sans souci de rejet des opinions hétérodoxes, mais plutôt dans le souci de conserver au débat un certain niveau. S’il s’agit d’un rejet systématique, comme évoqué ci-dessus, cette modération devient abusive.

Ensuite, les limites à la libre expression sont évidentes : les insultes, les calomnies, les diffamations, les propos incohérents (ou écrits dans une langue approximative) n’ont pas leur place sur un blog. Leur suppression est légitime. De même les commentaires sans aucun rapport avec le sujet, ceux qui comportent des attaques ad hominem, des propos poursuivis par la loi, ou que la simple morale réprouve. Bien entendu tous ceux là peuvent justifier une censure abrupte.

Un site aussi peu tempéré que Golias publie tous les commentaires…

En troisième lieu on peut se poser la question de l’intérêt du commentaire : je ne crois pas que les conversations personnelles entre deux commentateurs aient leur place sur un blog de réflexion. Ou certains propos très courts, des réflexions à l’emporte-pièce qui, sans insulte, n’ont aucun intérêt. Appeler en une ligne à voter pour untel n’a jamais fait avancer la réflexion.

Sur le plan pratique, et dans un souci bien compris d’équilibre entre intérêt du propos, honnêteté intellectuelle, et charité fraternelle, peut-on dégager quelques critères d’une modération « chrétienne » d’un blog d’information ?

1-     n’ouvrir les commentaires que si le sujet s’y prête et si l’auteur a le temps d’y répondre. Certains les ferment, et ce n’est pas plus mal ;

 2-     appliquer une discipline ferme et courtoise à l’égard de ceux dont les propos n’ont manifestement rien à faire sur le blog, quitte à leur adresser quelques mots par message privé pour expliquer la raison d’une non publication.

 3-     Accepter la contradiction et y répondre courtoisement, sans censurer les messages qui osent citer « l’adversaire », quel qu’il soit !...

 4-     Utiliser les crochets […] pour marquer les censures parfois inévitables et exceptionnelles, de manière à bien montrer qu’une partie du texte a été supprimée.

 Tout ceci paraît simple. Mais gagnerait à être mis en œuvre sur un certain nombre de sites dont l’intérêt évident est hélas amoindri par une censure systématique, et à vrai dire, pas très fraternelle.

 Chiche ?

26.01.2010

"Les Condamnés", une oeuvre prophétique

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Yves Meaudre publie son dernier ouvrage, Les Condamnés, Jésus, Jeanne et Louis. Une merveille. Lire ici la critique de Philippe de Saint Germain.

Editions Dominique Martin-Morin.

 

22.01.2010

TANT PIS POUR CEUX QUI N'ONT PAS D'YEUX POUR VOIR...

La note précédente à propos du Blog de Patrice de Plunkett n'a visiblement pas laissé indifférent. Le Salon Beige m'a fait l'honneur de la publier et je l'en remercie. Elle a été suivie de nombreux commentaires. Et comme je le craignais, certains commentateurs, y compris sur le blog de Patrice de Plunkett, l'ont lue sans comprendre quel était son objet.

 

Au risque de me répéter donc, je confirme que ne sont pas en cause les idées de Plunkett, que je partage pour la plupart. Ce qui est en cause, c'est le refus de tout débat, de toute discussion, de toute objection. Ce qui est en cause c'est la réponse que PP apporte systématiquement à ceux qui tentent d'ouvrir une discussion en lui apportant la contradiction. Pour paraphraser une réplique fameuse,  "Un blogueur ça ferme sa gueule ou ça va voir ailleurs !".

 

Non, personne ici n'est "furax". C'est au contraire l'espoir de pouvoir un jour débattre qui anime la plupart des personnes qui ont réagi à cette note. Personnes qu'il est toujours possible de traiter de tous les noms, et les blogs qu'ils fréquentent de "Lepenoïdes". L'insulte n'est pas une réponse digne d'un catholique... et pourtant certains ne s'en privent pas. Si au moins ils avaient l'excuse de provocation... Même pas ! Nul ici n'insulte personne, nul ici ne fait la promotion de tel ou tel politicien. Que ceux qui ont des yeux acceptent de lire jusqu'au bout ce qui est écrit !

 

Mais si Patrice de Plunkett accepte de considérer que ces notes ne sont pas l'oeuvre d'un farouche néo-conservateur, d'un sectateur de Maurras, ou d'un membre du Bloc Identitaire, c'est avec plaisir que je lirai ses observations et que je lui répondrai, en toute courtoisie comme il sied à des gens de bonne compagnie dont lui et moi faisons partie !

16.01.2010

A PROPOS DE PATRICE DE PLUNKETT…

J’ai longtemps fréquenté le blog de Patrice de Plunkett ; parfois j’y ai contribué, en déposant des commentaires, en dialoguant avec les lecteurs, souvent vivement, toujours dans le respect mutuel. Ayant assisté à une passionnante conférence de l’auteur de Benoît XVI et le plan de Dieu, j’ai apprécié l’homme, son érudition, sa passion, son souci de donner de notre pape une image conforme à la réalité. Pourtant, j’ai décidé de ne plus intervenir sur son site, profondément déçu par l’orientation de ces derniers mois, et par l’attitude de son animateur.

 

Du maoïsme à l’Eglise

 

Plunkett est un intellectuel qui tranche nettement sur le milieu journalistique habituel. Ses errances de jeunesses (monarcho-maoïste dans les années 68, puis proche de la Nouvelle Droite païenne autour du GRECE dans les années 70) se sont finalement soldées par une authentique conversion à la foi catholique, lorsqu’en 1985 l’homme a renoué avec les promesses de son baptême. Longtemps journaliste à Valeurs Actuelles, au Spectacle du Monde, puis rédacteur en chef des pages culture du Figaro Magazine, il s’est peu à peu émancipé de toute attache politique pour, après son départ en du groupe Hersant en 1997, se consacrer à une carrière d’essayiste critique de l’ultralibéralisme.

 

Une pensée intéressante…

 

Le catholique cohérent ne peut qu’approuver les idées de celui qui tente de promouvoir la doctrine sociale de l’Eglise et d’amener les consciences à adopter un mode de pensée conforme aux enseignements du magistère. Plunkett a raison lorsqu’il dénonce le matérialisme mercantile, le relativisme philosophique et religieux, la vacuité de la pensée politique moderne, l’inefficacité des politiques mises en œuvre, qui toutes procèdent d’un vague humanisme sans unité d’action ou de pensée, sans fondements philosophiques, sans colonne vertébrale intellectuelle. Tout ceci est profondément chrétien, comme est chrétienne sa critique d’une école catholique déracinée, comme est chrétienne aussi sa volonté de faire connaître et aimer les exigences de respect de la création. Ces idées, Patrice de Plunkett les partage largement avec les catholiques de conviction, au-delà des légitimes divergences d’appréciation qui font les richesses des échanges intellectuels et spirituels entre nous. Plunkett proche de la communauté de l’Emmanuel n’a pas hésité à dialoguer en 2006 avec les internautes du très traditionnel Forum Catholique. Plunkett l’antilibéral a contribué à plusieurs reprises à la revue Liberté Politique qui ouvre ses colonnes aux grands noms de la pensée chrétienne française, sans distinction d’opinions libérales, conservatrices, ou eurosceptiques. En juillet 2008 encore il participait au Libre journal de Jean-Marie le Méné sur Radio Courtoisie, la radio de toutes les droites. Fréquemment cité par le Salon Beige et autres blogs à tendance traditionnaliste, Patrice de Plunkett était pleinement intégré dans le débat philosophique, religieux et intellectuel du monde catholique, en dépit des divergences qui pouvaient survenir avec ses interlocuteurs. Le 1er août 2008, présentant sur son blog l’article de Valeurs Actuelles consacré à son ouvrage sur l’écologie, il écrivait justement : « Je suis confus de mettre en ligne une recension qui décerne des compliments à mon travail. Je le fais pour montrer que le dialogue est possible entre les diverses sensibilités économiques et politiques : Valeurs Actuelles n'a jamais caché son orientation "libérale conservatrice", mais n'en reconnaît pas moins l'intérêt de l'écologie - qui "débouche sur une critique radicale de l'économisme néolibéral". »

 

…mais peu à peu détournée de sa finalité chrétienne

 

 

A partir de la fin 2008 cependant, Patrice de Plunkett a pris un virage dangereux vers une critique acerbe et systématique de toute pensée différente de la sienne. Et cela s’est traduit par des posts agressifs, des commentaires systématiquement censurés, puis des polémiques sans grand rapport avec la disputatio empreinte de charité fraternelle.

 

 

Déjà, depuis quelques mois, il évoquait sans grande nuance les ultras, parlant d’ultracisme à l’égard de quelques groupes ou sites jamais nommés, mais transparents dans ses notes, et notamment la blogosphère traditionnaliste ou nationale. Quelques débats sur les discussions entre Rome et le Fraternité Saint Pie X ont donné lieu à des commentaires abrupts, sans recul, souvent teintés d’ironie, comme si le journaliste catholique souhaitait en son for intérieur que la réunification de l’Eglise n’ait lieu qu’avec les anglicans ou les orthodoxes, en faisant part d’un scepticisme de mauvais aloi. Mais après tout, peut-être disposait-il d’informations précises rendant vraisemblable son propos, qu’il aurait alors été de bon ton de développer, plutôt que de prendre le risque de passer pour un diviseur ? Mais depuis le printemps 2008 le site Le Salon Beige ne le citait plus, alors qu’une simple recherche sur les mois précédents montre le nombre d’articles renvoyant à ses analyses. Quelle est la raison de cette brouille ? Est-ce, déjà, le climatoscepticisme de ce blog ? Toujours est-il que le Blog de Patrice de Plunkett ne comporte aucun lien vers les sites catholiques traditionnalistes, ni avec ceux qui arborent une coloration nationale, économiquement libérale ou conservatrice. Ce faisant, il se prive des possibilités d’un débat fructueux.

 

Le refus du débat sur le libéralisme

 

Sur le plan économique justement, la crise de l’automne 2008 a donné l’occasion à Patrice de Plunkett de réaffirmer un antilibéralisme sans concessions. Le commentaire cité ci-dessus, à propos de Valeurs actuelles s’est trouvé démenti dans les semaines suivantes. L’auteur, développant non sans brio une critique systématique et souvent opportune du système économique libéral, et surtout de l’ultralibéralisme apparu dans les années 90, s’est enfermé dans un refus hautain de toute discussion sur le sujet. Cet aspect de sa pensée est cependant fort intéressant : non seulement il est dans la droite ligne de l’encyclique Caritas in veritate, mais encore il repose sur une conviction toute chrétienne que la finance ne doit pas prendre le pas sur la politique, pour déplorer justement l’abandon par le politique de ses prérogatives économiques. En cela, Plunkett rejoint l’analyse d’une large partie des catholiques de conviction qui, bien éloignés de la bourgeoisie libérale catholique des beaux quartiers, professent exactement les mêmes idées ! Pensons notamment à ceux des souverainistes qui reprochent à la construction européenne de se faire uniquement sur la notion de marché, de libre concurrence, sans égard pour les communautés nationales, et qui ne voit que l’homo economicus. Le hic est que ces catholiques de conviction sont justement ceux avec lesquels Plunkett ne veut plus débattre, et qu’il dénonce de plus en plus souvent dès cette époque dans ses écrits, en usant de termes méprisants. Notons qu’il ne débat pas plus –sinon par des réponses dépourvues de toute aménité- avec la bourgeoisie libérale catholique, qu’il dénonce également. Mais la balance est-elle égale ? Les travers de uns valent-ils les travers des autres ? Ce qui rapproche est-il moins important que ce qui éloigne dans la pensée économique des catholiques ? Or, force est de constater que sur ce point précis, la pensée de Plunkett est très proche de celles de « tradis », et fort éloignée de celle des cathos libéraux ! Alors ? Par ailleurs, et de manière encore plus surprenante, il refuse tout débat sur la définition même du libéralisme économique, notamment celle issue de l’encyclique de Jean-Paul II Centesimus annus, dont il a une interprétation toute personnelle, allant jusqu’à reprocher à des économistes tels que Jean-Yves Naudet d’adopter une position non catholique ! Or, le rejet de l’ultralibéralisme est sans aucun doute compatible avec une vision nuancée de l’économie de marché, telle que la définit la doctrine sociale de l’Eglise. Mais Plunkett n’en a cure et persiste dans un amalgame douteux qui, par certains aspects, le rapproche curieusement du marxisme, lorsqu’il dénonce à longueur de colonnes les structures économiques considérées comme essentielles. Et il est regrettable de voir un journaliste catholique promouvoir les thèses d’organisations assez éloignées de la pensée chrétienne, telles que le Forum social mondial ou le CCFD, dans le seul but de marquer sa différence et de signifier aux lecteurs d’un avis contraire que leur opinion est dépourvue de pertinence.

 

Des propos d’une violence peu charitable

 

Le paroxysme de cette rupture avec la blogosphère catholique est survenu lors de l’éprouvante affaire de Recife, lorsqu’une enfant de 9 ans a subi un avortement après avoir été violée par son beau-père. Il est inutile de revenir sur les détails de cette horrible histoire, qui a défrayé la chronique durant des semaines, et qui s’est soldée par une intervention romaine. J’étais de ceux qui pensaient qu’en de telles circonstances, et s’agissant de faits très particuliers, le silence était la meilleure attitude pour éviter de se lancer des anathèmes mutuels. Les passions se sont déchaînées ; Plunkett a fait preuve à cette occasion d’une agressivité sans borne, traitant d’inhumains les partisans de l’évêque de Recife, et, toujours sans les nommer, traînant dans la boue ceux qui pensaient, à tort ou à raison le débat n’est pas là, que l’avortement subi par cette enfant était une abomination. S’il est vrai que ces derniers n’ont pas négligé de lui répondre, avec virulence, force est d’admettre que c’est bien notre journaliste blogueur qui a ouvert les hostilités. Or, au delà du cas dramatique de cette enfant, la question méritait d’être posée entre catholiques au travers de la notion de moindre mal, comme l’a fait avec finesse et arguments solides Tugdual Derville, délégué général de l’ADV. Ce débat de théologie morale n’a pas eu lieu sur le site de Plunkett, il a été rendu impossible par la violence des propos employés, par le ton péremptoire de leur auteur, et par une censure des commentaires tendant à nuancer les propos et à les replacer dans un cadre plus large. De ce jour, nombreux sont les intervenants habituels du site qui ont cessé toute contribution, au détriment de la qualité des échanges. Pourtant, s’il existe un site sur lequel les commentaires présentaient de l’intérêt, c’était bien celui-ci, au contraire de blogs tels que le Salon Beige dont les articles, souvent pertinents et informatifs sont malheureusement suivis de réactions sans grande portée intellectuelle : voici un point à améliorer !

 

Un débat définitivement interdit

 

La dérive du blog continue vers ce qu’il faut appeler malheureusement une forme de sectarisme agressif. L’examen attentif des notes publiées durant les derniers mois de l’année 2009 montre une volonté systématique de l’auteur de dénoncer ceux qu’il voue aux gémonies, au point que ses analyses perdent tout intérêt : elles n’existent plus pour informer, pour susciter une discussion, mais ne sont que le support d’une acrimonie déroutante à l’égard des traditionnalistes, des patriotes, en bref de ceux qui ne pensent pas comme lui. A ce titre, les notes relatives à la pensée de Bernanos sont l’exemple parfait de cette dérive. Dans le même ordre d’idée, Plunkett qui a développé en 2009 une pensée sceptique à propos de la « Marche pour la vie » profite d’une interview de Mgr Aillet dans Famille Chrétienne pour relancer la sujet, avec l’unique but semble-t-il de faire dire par ses lecteurs que cette manifestation est un ramassis de « fachos » (sic). Quel est l’intérêt désormais d’un tel état d’esprit ?

 

Mais le summum de l’intolérance intellectuelle est atteint sur le cheval de bataille de Patrice de Plunkett : l’écologie. Aucune autre pensée que la sienne n’est admise sur son blog, au point de refuser l’expression de toute nuance, de tout doute, de toute discussion –même méthodologique !- relative à la notion de réchauffement climatique. L’auteur va même jusqu’à faire dire au Pape Benoît XVI ce qu’il n’a pas dit, en affirmant notamment, de manière péremptoire, que le magistère catholique professe la réalité de ce réchauffement et de ses causes anthropiques. C’est là pousser le bouchon un peu loin, et s’enfermer dans une malhonnêteté intellectuelle profondément décevante de la part d’un intellectuel de cette qualité.

 

Mais qui donc est Patrice de Plunkett pour juger du catholicisme de ses frères ? De quelle mission est-il chargé qui lui donne le droit de dire qui est ou qui n’est pas catholique ? Voici un bel exemple d’intellectuel brillant dont la pensée s’est trouvée dévoyée par un évident manque de charité fraternelle qui interdit désormais toute autre commentaire que la louange de ses idées. Ce n’est pas ma conception du débat entre chrétiens pour reconstruire une société marquée par l’amour du Christ pour les hommes.

 

Alors non, comme bien d’autres, je ne participe plus aux discussions –naguère passionnantes- sur ce blog. Je le regrette, je le déplore, mais est-il admissible de se voir anathémiser par ceux là même qui se prétendent dans la stricte ligne catholique ? La réponse est non, définitivement !

17.12.2006

DE NOUVEAUX MARTYRS ?

Connaîtrons nous de nouveau des martyrs ? Certains d’entre nous, de nos enfants ou de nos petits enfants, seront-ils persécutés pour leur foi ? Pour ce qu’ils ont reçu, vécu, transmis ? Pour ce qu’ils sont ?

La société a mis le cap, depuis quelques dizaines d’années, sur l’individualisme intégral. Le moi, rien que le moi. Au fur et à mesure de sa progression vers ce cap, elle se débarrasse de tout ce qui l’empêche d’accéder à ce but ultime, de tout ce qui s’oppose au culte de la jouissance immédiate, de toutes les entraves à la réalisation immédiate des aspirations de l’individu. Comme si l’homme était réduit à ses pulsions. Pulsion de consommer, encore et toujours. Pulsion de jouir de son corps, réduit à l’état d’objet. Pulsion d’exister pour soi uniquement, sans avoir égard  à l’autre, à la présence de l’autre, à sa différence, à son existence même. Rien ne doit gêner l’assouvissement des envies individuelles, rien ne doit entraver cette marche inexorable vers un gouffre.

Pour atteindre ce but, une arme puissante a été inventée : la revendication des droits individuels. Dans la doctrine classique, un droit était une créance de la personne sur la société, ordonnée au bien de tous, afin de permettre le plein épanouissement de la personne dans toutes ses composantes. Désormais, les droits de l’individu priment sur les droits de l’homme. L’individu est vu pour lui même, et non comme membre d’une communauté qui l’intègre et qu’il contribue à constituer. Seul l’individu compte. La société lui doit compte de tout ce qui pourrait l’empêcher d’exister pour lui seul, de tout ce qui pourrait l’obliger à être autre chose qu’un atome, isolé et autosuffisant. L’individu n’est plus membre d’un ensemble qui le dépasse, il est. Point final.

Dès lors, rien ne justifie que l’individu ne jouisse pas de tous les droits qui lui semblent nécessaires, puisque lui seul en est juge. Rien ne peut prévaloir sur l’exercice de sa liberté totale et absolue, déconnectée de toute notion de bien commun. Il revendique tout ce qui lui passe par la tête, pourvu –pense-t-il- que cela ne nuise pas aux autres. Avant-hier le droit de tuer un enfant dans le sein de sa mère, hier celui d’en concevoir un à tout prix puis d’abandonner les autres (qui répondent au joli nom de surnuméraires) dépourvus de « projet parental ». Aujourd’hui le droit de tuer le vieillard grabataire par « compassion », ou d’épouser un individu du même sexe. Demain le droit d’épouser son chien ou sa perruche, promus sujets de droit…

Qui s’y opposera ? Qui aura la force de persuasion nécessaire pour contrer l’argument massif, incontournable, celui de la tolérance ? Qui se risquera à dire que le navire court droit à sa perte, qu’il coulera corps et biens irrémédiablement ? Qui proclamera la nécessité de revenir au bon sens, qu’à force de marcher sur la tête on finit par oublier ? Qui saura reprendre l’initiative intellectuelle, car c’est avant tout d’un combat intellectuel qu’il s’agit, pour agir sur les esprits, sur les intelligences déformées par des décennies de lavage de cerveau ?

Les catholiques. Des catholiques. Pas tous. Peut-être pas la majorité. Mais un petit nombre qui reprendra inlassablement le flambeau du courage. Qui travaillera à établir sur les ténèbres du matérialisme la lumière de la vérité. Qui sera calomnié, discrédité, moqué, tourné sans cesse en dérision. Puis qui sera condamné, en application de lois et de principes constitutionnels, au nom de la tolérance et de la lutte contre toute discrimination. Qui se verra reprocher intolérance et rejet de l’autre. Science-fiction ? Qui se souvient des poursuites engagées à l’encontre de ceux qui, pacifiquement, manifestaient par la prière leur miséricorde envers les femmes contraintes d’avorter ? La loi existe, elle est appliquée, et les délits qu’elle condamne sont exclus de la traditionnelle amnistie présidentielle. Il ne s’agit pas de science fiction mais d’une réalité actuelle.

Alors ceux-là seront poursuivis avec la rigueur de la loi, expression de la volonté générale. Puis ils seront condamnés. Et enfin, lorsque le système sera devenu totalement fou, ils seront persécutés dans leur chair, traqués dans leurs sanctuaires, battus dans la rue parce qu’ils se seront montrés tels qu’ils sont. Oui nous connaîtrons des martyrs. Il suffit d’ouvrir les yeux. Mais loin de désespérer, nous savons que le sang des martyrs est fécond. Nous savons que finalement le Christ a gagné, que son règne viendra. Nous savons aussi que nous n’avons pas le droit de nous résigner, d’attendre passivement les persécutions, et que nous devons tout faire pour que cela n’arrive pas. Et peut-être que nous serons suffisamment nombreux pour provoquer un sursaut salvateur qui évitera à notre monde de sombrer définitivement dans la folie. Prions et agissons, c’est notre honneur et notre joie !

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